Lucas, vous êtes ingénieur agronome de formation et aujourd’hui chef de projet photovoltaïque chez Ferme Solaire : qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre vos compétences agricoles au service du développement de centrales solaires pour les agriculteurs, et en quoi votre formation à l’ESA d’Angers influence-t-elle votre manière de concevoir les projets ?
Ma formation d’ingénieur agronome m’a donné une vraie sensibilité aux enjeux du monde agricole et à la nécessité de trouver des solutions concrètes pour accompagner les exploitants. Chez Ferme Solaire, j’ai retrouvé cette logique : le photovoltaïque peut être un levier intéressant quand il est pensé au service de l’exploitation, avec une approche qui respecte l’activité agricole et les réalités du terrain.
L’ESA d’Angers influence encore aujourd’hui ma manière de concevoir les projets, car j’ai appris à raisonner à l’échelle globale d’une exploitation : ses sols, ses contraintes, son équilibre économique et humain. Cela me permet d’aborder chaque projet non pas seulement sous un angle technique ou énergétique, mais d’abord avec une lecture agronomique, pour construire des solutions cohérentes, durables et utiles pour les agriculteurs. Aujourd’hui, dans mon métier, cette double sensibilité est essentielle : elle me permet de dialoguer avec les agriculteurs en comprenant leurs problématiques concrètes, et de porter des projets non seulement faisables techniquement, mais aussi pertinents agronomiquement.
Concrètement, quand un agriculteur ou un propriétaire foncier vous appelle pour étudier une centrale au sol de micro-échelle (1 MWc), quelles sont les grandes étapes du projet, depuis la première visite de terrain jusqu’à la mise en service, et quels sont les points de vigilance agronomiques que vous regardez en priorité ?
Pour un projet de centrale au sol de micro-échelle, la première étape consiste à analyser la demande et à qualifier le projet. Nous échangeons avec le propriétaire (et / ou l’exploitant) afin de comprendre l’ensemble des enjeux afférents. Pourquoi nous contacte-t-il ? Quels sont les défis auxquels il/elle est confronté(e) ? Cette discussion permet également de présenter au demandeur l’ensemble des éléments clés liés à un projet photovoltaïque et d’identifier les premières contraintes techniques et agronomiques.
Vient ensuite la phase d’études de faisabilité, avec l’analyse du potentiel du site, des servitudes, des enjeux d’urbanisme, de l’environnement, du raccordement et de l’équilibre économique du projet. Si le projet est pertinent, on entre dans une phase de sécurisation foncière et de développement administratif, avec la constitution des dossiers, les échanges avec les parties prenantes et l’instruction des autorisations. Après obtention des accords, on passe à la préparation du chantier, à la construction, puis à la mise en service de la centrale.
Sur le plan agronomique, les points de vigilance prioritaires concernent d’abord l’usage réel du sol : il faut comprendre si la parcelle a encore une vocation agricole forte, quel est son niveau de productivité, son historique cultural, sa qualité agronomique et sa place dans le fonctionnement global de l’exploitation. Nous regardons aussi la nature du sol, les contraintes hydriques, la mécanisation possible, les accès, la pente, ainsi que la compatibilité du projet avec le maintien d’un usage agricole ou pastoral lorsqu’il est envisagé. L’idée est de s’assurer que le projet s’inscrit dans une logique cohérente avec le terrain et ne vient pas fragiliser l’équilibre de l’exploitation.
Il convient toutefois de distinguer les configurations. Sur une petite parcelle en déprise ou agricompatible, on privilégiera souvent une centrale au sol classique, plus simple à équilibrer économiquement à micro-échelle. Mais cette logique ne s'applique pas à toutes les situations : pour un éleveur ovin ou bovin disposant de grandes prairies, plusieurs dizaines d'hectares d'un seul tenant, peu ou pas valorisables en cultures, l'agrivoltaïsme prend tout son sens. Les panneaux y apportent de l'ombrage, réduisent le stress thermique des animaux en période estivale et peuvent même améliorer la qualité fourragère sous couvert. Ce type de projet, bien dimensionné et co-conçu avec l'exploitant, trouve un équilibre agronomique, environnemental et économique réel. C'est un segment que nous cherchons à développer activement.
Vous insistez sur trois conditions de base pour étudier un projet (bonne orientation, absence d’usage agricole ou industriel, terrains vacants) : pouvez-vous nous raconter un cas où ces critères vous ont amené soit à refuser un projet, soit au contraire à le repenser pour rester vraiment au service de l’exploitation agricole ?
Oui, cela arrive régulièrement, et c’est justement là que notre rôle prend tout son sens. Je pense notamment à un terrain qui présentait, sur le papier, de bons critères techniques, bonne exposition, surface adaptée, faisabilité apparente, mais qui restait en réalité intégré au fonctionnement de l’exploitation. En creusant davantage, on s’est rendu compte que la parcelle jouait encore un rôle utile, notamment comme surface de sécurité dans l’organisation agricole. Dans ce cas, malgré l’intérêt solaire du site, l’idée n’était pas de pousser un projet qui aurait fragilisé l’exploitation, donc nous avons préféré ne pas aller plus loin sous cette forme.
À l’inverse, il arrive aussi que certains projets soient repensés. Par exemple, sur des parcelles peu productives ou en déprise, l’enjeu consiste à vérifier si le projet peut réellement s’inscrire dans une logique cohérente avec l’activité agricole, plutôt que de simplement occuper un foncier disponible. Dans ces cas-là, on retravaille l’implantation, l’usage futur de la parcelle et la compatibilité avec l’exploitation pour que le projet reste une solution au service du terrain et de l’agriculteur, et non l’inverse.
Il y a également un troisième cas de figure, celui où l'agrivoltaïsme s'est révélé être la vraie réponse. Je pense à un éleveur ovin qui nous avait contactés sans vraiment savoir ce qu'il cherchait : ses prairies étaient exposées sud, peu mécanisables, souvent en stress hydrique l'été. Sa première question était : "est-ce que mon terrain vaut quelque chose ?". En analysant sa situation, il est apparu que ses parcelles n'étaient pas les plus adaptées à une centrale au sol classique trop intimement liées à son système pastoral. En revanche, un projet agrivoltaïque avec hauteur suffisante sous panneaux et gestion du couvert végétal répondait à ses deux enjeux à la fois : un revenu complémentaire stable et une amélioration des conditions de pâturage estival pour ses brebis. C'est là que notre lecture agronomique fait vraiment la différence : reconnaître quel type de projet correspond à quel type d'exploitation, plutôt que d'appliquer un modèle unique.
Au fond, notre ligne de conduite est simple : un projet pertinent n’est pas seulement un projet faisable techniquement, c’est un projet qui respecte la vocation du site et l’équilibre de l’exploitation.
L’agrivoltaïsme est parfois critiqué comme un risque de “détournement” des terres agricoles : dans vos projets d’élevage ou de cultures sous panneaux, comment faites-vous, très concrètement, pour garantir que l’activité agricole reste centrale et que le potentiel agronomique des sols soit préservé sur 20 à 40 ans de contrat ?
Chez Ferme Solaire, on commence toujours par se demander quelle production on veut maintenir ou renforcer sur la parcelle, puis on adapte le projet solaire à cette réalité. La logique n’est pas de “mettre des panneaux sur un champ”, mais de construire un outil qui reste compatible avec le pâturage, la circulation des engins, les cycles culturaux et les contraintes concrètes de l’agriculteur.
Très concrètement, on veille d’abord au maintien d’une production agricole significative dans la durée. Cela passe par un dimensionnement adapté, une hauteur suffisante sous panneaux, des espacements cohérents avec l’activité, et un suivi agronomique dans le temps pour vérifier qu’on maintient bien les rendements, la qualité de production ou la fonctionnalité pastorale de la parcelle. Le cadre que nous suivons repose justement sur trois exigences : activité agricole principale, maintien ou amélioration du potentiel agronomique, et réversibilité de l’installation. Pour les éleveurs ovins et bovins en particulier, l'agrivoltaïsme peut apporter des bénéfices agronomiques directs qui vont au-delà du seul revenu locatif. L'ombrage généré par les panneaux réduit le stress thermique des animaux pendant les périodes de chaleur, ce qui peut améliorer les indices de conversion, limiter les pertes de production laitière ou de poids vif, et réduire la mortalité liée aux coups de chaleur, un enjeu croissant avec le changement climatique. On observe aussi un maintien de l'humidité du sol sous les rangées de panneaux, qui prolonge la disponibilité fourragère en été, période critique pour les systèmes pastoraux. Enfin, dans certaines configurations, les structures servent d'abris naturels, ce qui améliore le bien-être animal et peut réduire les besoins en bâtiments. Ces co-bénéfices sont documentés et quantifiables : pour un éleveur, un projet agrivoltaïque bien conçu n'est pas une contrainte imposée à son système, c'est un outil supplémentaire au service de son troupeau.
Ensuite, sur la préservation des sols à 20, 30 ou 40 ans, les points de vigilance sont très concrets : éviter la compaction, préserver la circulation de l’eau, maintenir la couverture végétale, limiter l’érosion et conserver l’accès aux pratiques agricoles. Dans certains cas, l’agrivoltaïsme peut même soutenir cette trajectoire, par exemple en réduisant le stress hydrique, en maintenant une humidité plus stable ou en finançant des pratiques de conservation des sols comme les couverts, les haies ou certains aménagements hydrauliques.
Donc la vraie garantie, ce n’est pas un discours de principe, c’est la méthode : co-concevoir avec l’agriculteur, adapter la structure au système de production, suivre les effets agronomiques dans le temps, et garder comme ligne rouge que la terre doit rester agricole, productive et réversible. C’est à cette condition que l’activité agricole reste réellement centrale pendant toute la durée du contrat.
Les loyers que vous proposez (de 500 à 9 000 € par hectare selon le type de terrain) peuvent représenter un véritable complément de revenu : quelles stratégies voyez-vous se mettre en place chez les agriculteurs pour intégrer ces revenus dans la résilience économique de leur exploitation, et avez-vous déjà observé des effets positifs ou pervers inattendus ?
D’abord, ils servent souvent de socle de stabilité. Dans les supports internes Ferme Solaire, le revenu solaire est présenté comme un revenu stable, indépendant des aléas climatiques et des marchés, qui sécurise la trésorerie sur 20 à 30 ans. C’est particulièrement fort dans les périodes de transition, par exemple lors d’un changement de système, d’une conversion bio ou d’une diversification de l’exploitation.
Ensuite, ce revenu permet de financer des choix qu’un agriculteur reporte souvent faute de marge : semences de couverts plus performants, introduction de légumineuses, équipements de désherbage mécanique, investissements liés à la certification, voire nouveaux outils mutualisés ou embauche pour développer une activité complémentaire. Autrement dit, le loyer ne sert pas seulement à “faire du cash”, il peut redonner de la capacité d’action.
Enfin, il peut jouer un rôle de filet de sécurité humain et économique. Vos documents insistent aussi sur le fait qu’un revenu contractualisé réduit la pression liée aux mauvaises années, aux marchés bas ou aux sécheresses, et peut aider à maintenir l’emploi, éviter la déprise ou préserver certaines productions sur le territoire.
Sur les effets positifs inattendus, il y en a au moins deux. Le premier, c’est que ce revenu plus prévisible peut débloquer des transitions agronomiques que l’exploitant n’aurait pas osé lancer seul, parce qu’il a enfin un peu de visibilité. Le second, c’est qu’il peut aussi améliorer les conditions de travail et la charge mentale, simplement parce qu’une partie du revenu n’est plus suspendue à la pluie, au prix des céréales ou à la prochaine récolte.
Mais il y a aussi des effets pervers possibles, et il faut les nommer. Le principal risque, c’est que le loyer devienne une béquille qui masque les fragilités structurelles de l’exploitation sans les traiter vraiment. Un autre risque, plus subtil, c’est qu’il décale les arbitrages : on peut être tenté de raisonner d’abord en logique foncière ou patrimoniale, alors que le projet devrait rester au service du système agricole. Enfin, comme vos supports le rappellent implicitement, il faut garder en tête que ce revenu n’est pas immédiat : entre la signature et le raccordement, il peut se passer 4 à 6 ans, donc ce n’est pas une réponse de court terme à une tension de trésorerie.
Vous développez des centrales photovoltaïques de « micro-échelle » souvent délaissées par les grands acteurs : comment voyez-vous évoluer ce segment dans les 5 à 10 prochaines années, notamment face aux enjeux de souveraineté énergétique, de pression foncière et de renouvellement des générations agricoles ?
Oui, je pense que ce segment a un vrai rôle à jouer dans les années à venir.
D’abord, parce qu’il répond à un enjeu de souveraineté énergétique très concret : produire une énergie locale, décentralisée, au plus près des territoires. Les projets de micro-échelle permettent justement d’activer des fonciers que les grands acteurs regardent peu, avec une approche souvent plus fine et plus ancrée dans les réalités locales.
Ensuite, il y a la pression foncière. On voit bien que le foncier disponible, pertinent et acceptable devient de plus en plus rare. Dans ce contexte, les projets de petite taille vont probablement prendre encore plus de valeur, à condition d’être très bien conçus, bien intégrés et réellement compatibles avec les usages existants.
Enfin, il y a un sujet majeur : le renouvellement des générations agricoles. Beaucoup d’exploitations sont à un moment charnière, entre transmission, diversification et recherche de nouveaux équilibres économiques. Les centrales de micro-échelle peuvent apporter une réponse intéressante, non pas comme solution miracle, mais comme un outil complémentaire pour sécuriser un revenu, valoriser certaines parcelles et accompagner des trajectoires de transition.
Pour terminer, quel message aimeriez-vous adresser aux agriculteurs et propriétaires ruraux qui hésitent encore à se lancer dans un projet photovoltaïque : quelles questions devraient-ils se poser en priorité, et quel conseil personnel leur donneriez-vous pour choisir le bon partenaire et le bon projet ?
À mon sens, dans les 5 à 10 prochaines années, ce segment va surtout se structurer et gagner en maturité. Il y aura sans doute davantage de demandes, mais aussi davantage d’exigence sur la qualité des projets, leur sobriété foncière, leur acceptabilité locale et leur cohérence agricole. Autrement dit, l’avenir de la micro-échelle ne sera pas dans la quantité à tout prix, mais dans la capacité à développer des projets utiles, bien ciblés et pensés pour durer.
Mon conseil, c’est d’abord de prendre le temps de se poser les bonnes questions : est-ce que mon terrain est réellement adapté, est-ce que le projet est cohérent avec mon activité ou avec l’avenir de mon foncier, et est-ce que j’ai en face de moi un partenaire capable de m’expliquer clairement les étapes, les contraintes et les délais. Un bon projet, ce n’est pas seulement une promesse de revenu, c’est un projet solide, compréhensible et adapté à votre situation.
Et puis, il faut aussi choisir un partenaire qui sait être transparent, qui sait dire non quand un terrain n’est pas pertinent, et qui construit une solution sur mesure plutôt qu’une réponse standardisée. Chez Ferme Solaire, c’est exactement notre approche : accompagner chaque propriétaire avec une étude de faisabilité sérieuse, gratuite et sans engagement. D’ailleurs, toute personne qui souhaite savoir si son terrain peut accueillir un projet peut réaliser une première étude (gratuite) chez nous à partir de ce lien : https://www.fermesolaire.fr/monprojet?utm_source=PR&utm_campaign=agriculture-media
Pour en savoir plus : https://www.fermesolaire.fr/